New translation into French: “I don’t know, Timmy, being God is a big responsibility”

By Infrared_Bodrum_03206_20040724152254.jpg: Nevit Dilmen derivative work: Nevit Dilmen (Infrared_Bodrum_03206_20040724152254.jpg) [CC-BY-SA-3.0 (http://creativecommons.org/licenses/by-sa/3.0/) or GFDL (http://www.gnu.org/copyleft/fdl.html)], via Wikimedia CommonsHow time flies. Randal Monroe published “A Bunch of Rocks” on his website xkcd.com in November 2008, as I was turning… ugh… 33? Yep. A real piece of art on infinity, simulated universes and brain in a vat syndrom. In the following xkcd forum discussion thread, someone posted a link to a related story published on another good-humored super-geekish four consonant website (qntm.org): “I don’t know, Timmy, being God is a big responsibility” is a great piece by Sam Hughes, a prolific sci-fi writer whose works are solely published on his website it seems. The kind of story one wants to share and translating it was one way to do so. Please do not hesitate to comment either about the story itself or its translation. Have a good read :)
(Cliquez ici pour lire le post complet incluant la traduction)


Prière de ne pas éteindre la simulation

Tim avait déjà pris son sac, enfilé sa veste et s’apprêtait à franchir le seuil de la porte lorsque Diane l’interrompit.

« Je viens de réussir à faire marcher un truc, là. Il faut que tu voies ça. »

« J’ai un bus à prendre. »

« Tu peux toujours prendre le prochain. »

« Ils ne passent qu’à chaque demi-heure » protesta-t-il, « j’espère que ça vaut le coup. »

« Plutôt oui. Regarde sur le grand écran, pas la peine que tu te bousilles les yeux sur mon terminal. »

« Ca va durer longtemps ? »

« L’espace d’un instant. On parle d’informatique quantique non ? »

« C’est bien ce dont il s’agit, oui » répondit-il.

Tim, Diane, leurs huit collègues, leurs deux superviseurs, quatre ingénieurs chimistes, six ingénieurs électriciens, le concierge, une infinité précisément calculable de générateurs TEEO 9.9.1 d’onde quantiques non élastiques à caractère mousseux ou non et de fréquence variable ainsi qu’un unique neutrino tauique tourmenté à l’infini au cœur de ce dispositif… représentaient la somme totale du génie humain dans le domaine de l’informatique quantique disponible à ce moment sur la planète.

Pour être plus précis, ils avaient plus tôt dans la semaine mis au point un ordinateur quantique. En mettant en pratique des principes mathématiques dont la maîtrise avait requis le travail acharné de trois statisticiens surdoués sur une période de dix ans et que seules cinquante-cinq autres personnes au monde commençaient à comprendre, ils avaient construit un processeur capable de transmettre à et recevoir de l’information depuis une unique particule élémentaire dotée d’une puissance de calcul et d’une capacité de stockage très exactement infinis.

Bien qu’il ne se fut pas encore passé assez de temps pour que le monde tel qu’ils le connaissaient ne soit fondamentalement et irrémédiablement altéré par cette découverte, cela n’en restait pas moins fichtrement excitant. Par Zarquon, s’était extasiée cette bande de geeks, un ordinateur à la puissance infinie ? C’était comme un millier de Noël réunis en un. Un programme qui menace de tourner infiniment ? C’était un fait : cette bécane pouvait exécuter une boucle infinie en moins de dix secondes. Tester la primalité de tous les entiers sans exception ? Facile. Pi jusqu’aux dernières décimales ? Les doigts dans le nez. Le problème de l’arrêt en algorithmique ? Ré-so-lu…

Occupés qu’ils étaient à programmer, ils n’avaient pas encore annoncé la nouvelle. De toute évidence, ils n’avaient pas construit cette machine que pour la beauté du geste. Ils avaient des projets en tête. Parfois même du code prêt à être exécuté. Le programme de Diane était de ceux-là. C’était un simulateur d’univers. Elle avait initié sa simulation avec le Big bang et l’avait fait tourné sur une période correspondant à 13,6 milliards d’années, c’est à dire à peu de choses près jusqu’à nos jours. Elle avait ainsi pu suivre chaque étape de l’évolution de l’univers, prenant parfois des notes mais, pleinement consciente qu’elle aurait tout loisir de relancer la simulation, passait le plus clair de son temps à admirer le miracle de la création.

Jusqu’à ce vendredi, quand elle se remit soudainement à programmer avec frénésie. Et ce n’est que pure coïncidence si son travail avait commencé à produire des résultats juste au moment ou Tim, la seule autre personne encore présente au labo, s’apprêtait à partir pour le week-end. « Regarde ce que j’ai trouvé » lâcha-t-elle en appuyant sur quelques touches. Un des premiers modules qu’elle avait écrit était un programme de visualisation lui permettant d’observer l’univers simulé depuis l’intérieur.

Tim regarda sur l’écran plat accroché au mur, et vit une sphère familière, blanche et bleue, dont une des faces était illuminée par une brillante source de lumière jaune. « Non mais tu plaisantes là ? Combien de temps ça t’as pris pour trouver ça parmi les… 10 puissance 22 étoiles du cosmos ? »

« Ca n’a pas pris de temps du tout. »

« Oui, j’oublie tout le temps… »

« Ce qui a pris du temps, c’est coder le moteur de recherche et déterminer les critères pertinents. »

« Et… c’est la Terre alors ? »

« Oui, les continents correspondent à ce qu’ils étaient il y a environs 350 millions d’années. Je peux faire avancer l’horloge lentement – quelques millions d’années par itération – et l’arrêter quand on commencera à s’approcher du présent. »

« Tu peux faire marche arrière après ? »

« Ah non, redemande moi lundi. »

« Dans ce cas il faudra faire attention à ne pas dépasser le présent. On s’approche… Et le point de vue ? On peut le déplacer ? »

« A volonté. On peut observer la simulation sous n’importe quel angle. »

« Il faut que l’on trouve un des endroits où la civilisation est apparue en premier. Un endroit facile à localiser. Le Delta du Nil existe-t-il déjà ? »

« Oui… je le tiens. »

Ils avancèrent par incréments de mille années dans l’espoir d’être témoin des débuts de la civilisation égyptienne. Diane fit se déplacer la caméra afin de trouver les pyramides, mais sans succès. Le système de contrôle qu’elle avait conçu était assez frustre et la zone du Nil à rechercher était très vaste. Elle recentra ses recherches sur les îles Britanniques et trouva le futur emplacement de Londres dans la vallée de la Tamise. Elle passa à des incréments d’un siècle, puis se basa sur le développement de la ville afin de déterminer l’époque contemporaine.

« Et donc… c’est la Terre ? Je veux dire, c’est vraiment la Terre ? Pas une Terre alternative subtilement perturbées par des fluctuations aléatoires ? »

« L’état initial de la simulation est le Big Bang tel qu’il a été modélisé par les dernières théories. Elle est recalculée à chaque temps de Planck en utilisant les lois de la nature avec un degré de précision arbitraire. L’univers n’est pas calculé en entier à chaque itération, seulement la partie observée, ce qui, d’une certaine manière, ʻaccélèreʼ un peu le processus… Mais cela n’en reste pas moins une simulation de l’univers réel aussi fidèle qu’il est possible de l’être. La civilisation – en fait toute l’Histoire – devrait se dérouler sur cette Terre exactement comme elles ont eu lieu en réalité. Il n’y a pas le choix, tout est calculé pour cela jusqu’à une infinité de décimales. »

« Ca me donne le tournis ton truc » balbutia Tim.

« Et tu n’as encore rien vu » dit Diane, qui agrandit soudainement la vue et la fit défiler vers le nord. « J’ai trouvé le présent, enfin une année avant le présent. Regarde ça. » Des collines et des routes défilèrent sur l’écran. Diane suivait avec la caméra la route qu’elle empruntait régulièrement pour conduire depuis son domicile londonien jusqu’au laboratoire TEEO. Elle trouva finalement leur bâtiment et, descendant à travers la colline adjacente, la caverne dans laquelle l’ordinateur était construit. Ou allait l’être.

Elle commença alors à avancer journée par journée.

« C’est moi ! » S’exclama Tim à un moment. « Et là c’est toi et là Bryan et, ouah, j’arrive pas à croire qu’il a fallu tant de temps pour le construire. »

« Quatre-cent dix jours à peu de choses près. Conformément au calendrier, quoi que tu en penses. »

« Ca s’est passé si vite » répondit Tim avant de se résigner finalement à reposer son sac et commencer à ôter sa veste. Cela faisait longtemps qu’il avait loupé le bus.

« Ok » dit Diane. « Nous sommes là. C’est la salle de contrôle dans laquelle nous nous trouvons en ce moment. Là c’est l’ordinateur quantique du laboratoire principal. Celui que nous voyons par la fenêtre. Ca, c’était il y a une semaine. Ca c’était hier. Ca c’était il y a quelques heures et… attends de voir ça… »

Elle appuya sur un bouton et l’horloge à l’écran se synchronisa avec celle en haut du mur. Elle fit défiler la vue vers le bas. Et ils se virent.

Time agita la main devant la caméra tout en continuant à regarder l’écran. Puis il regarda en direction de l’endroit ou la caméra aurait du se trouver. Il n’y avait rien d’autre que le mur. « Je ne vois rien. C’est super-flippant. »

« Non, c’est totalement normal. Ici c’est la réalité. La réalité tu ne peux pas la regarder sous l’angle que tu veux. Tu as besoin d’utiliser tes yeux. Mais ce que tu regardes sur cet écran ce n’est rien de plus qu’une consultation de base de donnée. Une base de donnée certes gargantuesque, mais néanmoins une base de données. Tu n’es pas en train de regarder dans un miroir ni en train de voir une vidéo de toi. Vous êtes des personnes différentes. »

« Des personnes différentes qui réagissent exactement de la même manière. »

« Et qui ont en ce moment la même conversation que nous, même si récupérer le son est un peu complexe – je ne suis pas encore allée jusque là » continua Diane.

« Bon, je suppose que ta caméra ne se manifeste pas dans leur univers ? »

« Non, je n’ai pas encore implémenté cette fonctionnalité. »

« …mais c’est possible, n’est-ce pas ? Nous pouvons nous manifester dans leur univers non ? Et l’altérer ? » Diane approuva de la tête. « Cool. Nous pouvons jouer à devenir des divinités. Réellement. » Tim se leva, enivré par le champ des possibles. « C’est de la folie. Tu imagines vivre à l’intérieur de cette machine ? Réaliser un jour que tu n’es qu’un agrégat de données dans un ordinateur quantique ? Tu imagines tout ce qu’on pourrait faire ? Subitement inverser la gravité. Faire entrer en collision la Terre avec une copie d’elle-même faite d’antimatière, et puis revenir en arrière et recommencer encore et encore… ouah… en termes d’éthiques ça serait comment tout ça ? Très inacceptable sans aucun doute. » Il resta un moment songeur, puis se pencha au dessus de l’épaule de Diane, qui, une idée en tête, avait commencé à taper des lignes de code. « Cet univers est de tout point de vue exactement comme le nôtre, n’est-ce pas ? »

« Oui c’est ça » répondit-elle, toujours en train de taper.

« Mais qu’est-ce qu’eux sont en train de regarder alors ? »

« Un univers simulé. »

« Une simulation d’eux-mêmes ? »

« De nous également, d’une certaine manière. »

« Et ils réagissent de la même manière que moi ? Ce qui veut dire que le deuxième univers à l’intérieur contient un autre moi qui fait la même chose une troisième fois ? Et à l’intérieur encore on a… quoi ? Aleph-zero univers quantiques identiques emboîtés l’un dans l’autre ? Mais est-ce que c’est seulement possible ? »

« Puissance de calcul infinie, Tim. Je croyais que c’était toi qui avait conçu ce truc… »

« Je sais… C’est juste que les conséquences fonctionnelles sont totalement inattendues. Garde à l’esprit que de mon côté je me suis contenté de résoudre de vieux problèmes mathématiques et de bosser sur notre communiqué de presse. Donc, si je ne me trompe pas, leur univers est exactement comme le nôtre tant que nous ne commençons pas à interférer avec la simulation. Que se passe-t-il donc quand nous implémentons des modifications ? Chaque version de nous fait la même chose, donc la même modification se répercute simultanément dans tous les univers de rang inférieur. Pas dans le nôtre. Mais tous les univers de rang inférieur commencent instantanément à diverger par rapport à nous de la même manière. Et toutes nos copies simulées concluent sur le champs qu’elles sont des simulations. Mais nous, nous savons que nous sommes réels, ok ? »

« Jusque là je te suis » commenta Diane, toujours en train de taper.

Tim – et sa simulation – marchaient de long en large. « Ok, poursuivons ce raisonnement. Disons que nous arrêtons ensuite d’interférer pour regarder ce qui se passe et que tous les p’tits gars simulés tentent leur propre expérience d’interférence avec les univers inférieurs. Cette fois-ci, toutes les simulations se mettent à diverger de nouveau de la même manière SAUF la simulation supérieure. Et s’ils sont malins – je sais que nous le sommes – et veulent bien s’en donner la peine – ça j’en suis moins sûr – les gars des simulations de rang trois et plus peuvent continuer de faire la même chose encore et encore jusqu’à ce qu’ils arrivent à déterminer leur rang… c’est complètement fou. »

« Tim, regarde derrière toi » dit Diane au moment où d’une touche finale elle lançait la routine d’interférence qu’elle venait d’écrire, tout comme la Diane à l’écran, et toutes les autres à l’infini.

Tim regarda par dessus son épaule et faillit avoir un arrêt cardiaque. Une sphère noire totalement opaque d’environs 30 cm de diamètre flottait près du plafond, cachant partiellement l’horloge. Absolument inerte. Telle un trou dans l’espace.

Diane eut un sourire amer et Tim s’agrippa une poignée de cheveux. « Nous sommes des agglomérats de données dans un ordinateur » dit-il, misérable.

« J’ai écrit un article très intéressant très exactement sur ce sujet, Tim. Peut-être ne l’as-tu pas lu quand je t’en ai donné une copie l’année dernière. Il y a là une séquence inimaginablement longue de simulateurs quantiques d’univers. Une infinité en fait. Tous identiques et chacun persuadé d’être au niveau supérieur. Il y avait une probabilité énorme que le nôtre se révèlerait être quelque part dans la séquence plutôt qu’en haut de l’échelle. »

« C’est dingue, c’est complètement dingue. »

« Bon, j’éteins le trou. »

« Tu éteins un trou complètement différent. Quelque part là-haut le vrai toi éteint le vrai trou… »

« …et regarde comme tout cela va se passer exactement au même moment. » Ce qui fut effectivement le cas lorsqu’elle appuya sur un autre bouton. « Je te fais un résumé : il y a une boucle de feedback. Chaque univers affecte celui d’en dessous de façon subtilement différente. Mais il est inévitable qu’à un moment l’ensemble atteigne un point de stabilité, un point ou chaque univers se comporte exactement comme l’univers le simulant. Comme je te le disais, il y a de très bonnes chances que nous soyons très loin dans la séquence, à une distance astronomique de l’univers original. Voilà où nous en sommes. Tout ce que nous faisons dans cet univers sera répliqué avec une précision exacte dans tous les univers en-dessus et en-dessous du nôtre. Pour ce qui nous concerne, ce petit modèle que je viens de créer pourrait tout aussi bien être notre univers. Ce qui signifie avant toute chose que noue devons nous assurer de ne rien faire de mal aux univers inférieurs, étant donné que la même chose va nous arriver. Deuxièmement, nous pouvons faire de très bonnes choses pour les gars dans l’ordinateur, et ainsi nous aider nous-même. »

« On dirait que tu as beaucoup réfléchi à tout ça… »

« Tout est dans mon article à ce sujet, malheureusement passé totalement inaperçu. Tim, tu devrais lire plus tu sais. »

« Pfff… super mauvaise journée pour mon ego, Diane. Mon seul réconfort dans tout ça c’est que quelque part là-haut, tout en haut de cette tour quasi-infinie de supercalculateurs quantiques, il y a une version de toi qui se plante complètement. »

« Elle est… minoritaire. »

Tim jeta un coup d’oeil vers l’horloge et ramassa de nouveau son sac. « Il faut que j’y aille ou je vais aussi manquer le prochain bus. Ca sera toujours en train de tourner après ce week-end je suppose ? »

« Euh, c’est pas vraiment comme si on pouvait l’éteindre. »

« Pourquoi pas ? » demanda Tim, déjà sur le seuil de la porte. Puis réalisant pourquoi, se figea soudainement. « Ah oui. »

« Ouais. »

« Ca pourrait… poser un problème. »

« Oui. »

 


Translated by Gregory Dziedzic

 

–> Read the original

 

 

 

 

3 Responses to “New translation into French: “I don’t know, Timmy, being God is a big responsibility””

  1. Corrected to “New translation into French…” :P

  2. Comment from Gregory Dziedzic / Semiocity imported from http://www.semiocity.com:

    Corrected to “New translation into French…” :P

  3. Comment from Gregory Dziedzic Photography imported from http://www.semiocity.com:

    Comment from Gregory Dziedzic / Semiocity imported from http://www.semiocity.com:

    Corrected to “New translation into French…” :P

Leave a Reply