Courriel à mon ami Renaud au sujet de Bruce Gilden (article in French)

Jeune homme sur la rue Istilkal (Gregory Dziedzic)
Merci Renaud pour la référence a Bruce Gilden. Je découvre. Enfin, je connaissais certaines de ses photos bien sur mais… je crois que c’est mon héro du moment. Je suis en train d’écouter l’émission. Ton mail m’est revenu en lisant un post sur la photo de rue… Bruce Gilden, Bruce Gilden… je me suis souvenu de ton mail… et…
Je crois que j’ai beaucoup à explorer la dessus. C’est difficile la photo de rue en Turquie. Et à Alger je t’explique pas. Des flics partout.. j’ai du effacer des photos à leur demande… puis le dernier jour, alors que je photographie en mode furtif, l’appareil autour du cou, le doigt discrètement sur le déclencheur, grand angle bien sur, une main ferme m’agrippe. “Vos papiers s’il-vous-plait!”. Bien sur, pas de problème. Bon, je n’ai pas le profil du terroriste poseur de bombe. Alors pourquoi je filme? Et bien non, je ne filme pas, je prends juste des photos de rue. Ah bon merci…
J’ai trouvé ce témoignage d’un photographe ayant suivi un atelier avec lui. Je me permets de traduire ici les leçons qu’il en a tiré:
- Ne répondez jamais à ceux qui vous critiquent;
- Transformez vos faiblesses en forces. Déterminez vos points forts et tenez-vous y;
- Ne faites jamais confiance a un photographe qui n’a pas au moins un projet photographique personnel en cours;
- Ne demandez jamais la permission de prendre une photo. DITES leur que vous allez prendre leur photo. Dites: “ça ne vous dérange pas que je prenne votre photo”. Remarquez l’absence de point d’interrogation.
- Faites attention à vos arrière-plans. Choisissez un bon site avec une bonne lumière et attendez le passage des sujets appropriés;
- Evitez les clichés visuels. Vous n’êtes pas des touristes;
- Choisissez des sujets ayant du caractère. Les gens dans la merde (“clochards”) ne font pas forcément de bonnes photos;
- Dans la rue, soyez rusé;
- S’il vous faut choisir entre protéger votre crane et protéger votre appareil photo, protégez votre appareil photo;
- Acceptez de passer toute une journée à la recherche d’une seule image, et de ne pas la trouver;
- Ce n’est pas parce que vous avez pris une photo que vous devez la montrer;
- Ne laissez pas vos sujets poser pour la photo, cela les met en position de contrôle. C’est VOUS qui devriez contrôler ce qui se passe;
- Ne gaspillez pas trop d’espace dans votre cadrage;
- Choisissez la hauteur et l’angle de votre photo avec soin;
- C’est la “forme” et l’instant qui font l’image.
Tout ça m’a relancé dans mon projet de “portraits volés” et je me suis fait une session (plutôt ratée) hier soir sur la rue Istiklal. J’ai aussi commencé à traiter les photos de rue prises à Alger et vais bientôt les mettre en ligne. Je te tiendrai au courant… Tiens moi également au courant de tes projets
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on présente un peu Bruce Gilden comme un voyou (son père l’était), et sa façon de faire s’en approche c’est vrai.
“voyou” c’est à dire “violent” (flash + prise de vue rapprochée rapide), et “voleur” (qui choisit ce qu’il veut prendre (“YOU should be the one controlling the shot”)).
or
or, or, la “forme” et l’”instant” de l’image sont ceux des gens qu’il photographie. les mouvements et attitudes qui font la force de ces images appartiennent aux gens qu’il a photographié . le mérite de BruceG est selon moi de savoir entrer dans un espace où l’on capte ces choses. mais il ne contrôle pas l’image totalement.
faire poser les gens leur donnent le contrôle oui, mais d’eux-mêmes : ils neutralisent leurs attitudes significatives. le photographe par contre contrôle totalement l’image, composition et lumière et même ses sujets qu’il peut placer ou influencer par sa propre attitude.
non ?
mais peu importe,
le tout est de faire des images (à Istanbul ou à Correns), et puis après voir (ou pas) le sens adéquat de ces images.
Alors… tout d’abord il me semble que la rapidité d’exécution de Bruce Gilden est telle que ses sujet sont réellement pris par surprise et que, si ce n’est le regard parfois interloqué ou interrogateur, ils sont ainsi pris au dépourvu, et donc au naturel. Ce qui est intéressant c’est que, contrairement aux photographes de rue “furtifs”, il créé une relation avec ses sujets sans toutefois leur donner le temps de poser…
Le sens des images a postériori ? Oui c’est vrai, c’est comme ça que ça se passe bien souvent. C’est alors au tour du photographe d’etre surpris…
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